Films

MOUVEMENTS POUR UNE CAMÉRA

Depuis un certain temps, je suis repéré pour être un réalisateur du mouvement, filmant le corps de l’acteur comme celui du danseur. Pour moi, le corps parle bien au-delà des mots. C’est ce que les interprètes travaillent avec moi. Le geste, la posture, le sens du corps dans l’espace sont des paramètres de jeu et c’est grâce à cela que la présence se fait plus puissante. On ne dit pas n’importe quoi avec son corps. C’ est le plus beau cadeau qu’un interprète puisse nous faire. Les plus grands acteurs le savent. Et les danseurs ont grandi avec cette conscience-là.

Filmer la poésie et l’émotion d’une histoire de vie pour la fiction ou le documentaire, me passionne. Des premières intuitions scénaristiques jusqu’à la salle de montage, je cherche à mettre en valeur des êtres parce que leur trajectoire me touche, parce qu’ils parviennent à s’extirper d’une condition parfois pesante et à se relever de la chute. Même dans le documentaire, je parle de cela. Il y a dans mon cinéma beaucoup de chutes comme si l’attraction était la plus forte. Mais, pour moi, ces chutes, si souvent filmées, sont des appels à l’envol : celle d’un homme sur une route isolée, d’un « ange » dans l’escalier d’un palace, d’une femme au bout d’un plongeoir. Ils ont tous chuté. Ils se sont tous relevés, plus forts. Je les aime pour cela. Les personnages de mes films, danseurs, acteurs ou personnes extraits du réel sont des équilibristes. C’est ce que je recherche en eux. Ils ont traversé un chaos intérieur pour atteindre un nouvel équilibre afin de poursuivre leur quête, plus apaisés.

Filmer la cadence, être dans la pulsation de filmer l’instant.
Souvent, je filme « à l’épaule ». Je me sens plus libre de mes mouvements. Mes bras se crispent. Cette contrainte donne une force au tournage, un qui-vive menant souvent à la surprise. J’entre souvent en apnée. À bout de souffle, je reprends un grand bol d’oxygène au risque de faire bouger la caméra. Mais, à peine mes poumons rechargés, je replonge. Tel le danseur qui ne cesse de se rattraper sur des points de déséquilibre juste avant la chute de son propre mouvement, je me lance vers le moment d’après, haletant. J’aime cette course contre la montre. Je capte le mouvement sans l’arrêter dans sa course. Je l’accompagne dans son accomplissement, sa résolution, sa chute. Et, lorsqu’il s’achève, je le suis encore puisque reparti dans l’autre sens. La succession de ces instants vécus en live alimentent le montage à venir. Là, un autre temps de vie se présente afin de retrouver la cadence d’un moment à vivre, désormais « à froid ». Avoir choisi la caméra comme outil d’expression me protège, et me permet de voir sans être vu. À cet instant, je disparais dans l’objectif pour cadrer le réel afin qu’il devienne un bout de mon histoire. Elle me relie à l’autre, dans le tempo d’une relation partagée. Je suis derrière la caméra, parfois éloigné physiquement pour ne pas empiéter sur l’espace de celui qui est devant moi, mais terriblement près grâce aux cadres serrés de mes plans. Je mesure combien le don de soi est un acte que j’ai le privilège de filmer, une chasse aux trésors de sentiments divulgués.
Jérôme Cassou

CAMPAGNE DE COMMUNICATION

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